Albin de la Simone : la détox musicale

Le point commun entre Vanessa Paradis, Alain Souchon et Katerine ? Il s’appelle Albin de la Simone et a apporté une once de son génie à chacun de ces artistes. À la fois dans l’ombre des studios mais aussi au devant de la scène pour son propre projet, Albin a accepté de partager un moment avec nous lors de son passage aux Rendez-Vous Soniques. Il est question de son rapport à la musique, très artisanal, en passant par les histoires de ses collaborations sans oublier la définition du succès. Prêt à prendre votre shoot de détox musicale ?

Lors de ton dernier passage aux Rendez-Vous Soniques il y a quelques années, j’ai été impressionné par le minimalisme de ton set : très peu sonorisé, un piano, une voix, quelques cordes, et voilà. Pourquoi instauré ce rapport de sensibilité sur scène ?

Je propose aux gens d’ouvrir plus leurs oreilles, d’être plus attentifs aux détails. J’aime pas le décrire comme cela, mais c’est du minimalisme. C’est comme en photo lorsqu’on augmente l’exposition, c’est plus sensible. Ca créé une force, le moindre bruit devient un instrument, comme lorsque je tapote sur mon clavier. Ce niveau de détail nous rend encore plus riche pour un public plus proche de nous. Je n’impose pas non plus la terreur du silence, comme dans un concert de musique classique. Le silence et l’attention se décrètent spontanément.

Est-ce cette volonté qui explique qu’on ne trouve aucun équipement moderne, électronique autour de toi ?

J’adore le matériel, je peux chercher des claviers pendant des mois pour trouver le son qui me plait. Résultat j’ai énormément de claviers des années 70 chez moi, j’adore ça. Mais les outils plus électroniques ne m’intéresse pas dans mon projet : ma réflexion se porte sur ma voix, les textes et les chansons que j’écris. J’ai l’impression que ça marche mieux quand le son est acoustique, assez doux.

Peut-on parler d’artisanat ?

Oui j’ai un rapport très old school à la musique : j’ai besoin de fabriquer la musique, de la construire et la jouer plutôt que de la déclencher. J’ai passé plusieurs jours dans un studio où il y avait à peu près tous les synthés du monde. Je m’y suis perdu et le résultat n’était pas à la hauteur de ce que je recherchais. C’est comme un potier, il n’a pas juste envie de voir un pot, il a envie de faire un pot.

Est-ce un mode de vie que tu t’appliques au delà de la musique ?

Je pense qu’il faut ralentir sur pas mal de choses. Savoir enlever certaines couches non utiles, ne pas s’endormir avec son smartphone à côté de son lit pour se réveiller avec … Le problème de demain sera cette angoisse du numérique : de pouvoir tout faire en un clic et donc de déborder d’activités avec un rythme effréné. Je ne pense pas que nous soyons faits pour cela.

On pourrait écrire un livre si on reprenait l’ensemble de tes collaborations. Est-ce quelque chose que tu recherches ?

Ca me permet d’exprimer d’autres choses. Je n’ai pas en moi que ce que le chanteur que je suis peut exprimer. C’est à dire que ma voix est quand même un conditionnement : si j’ai envie de faire du rock et du classique, je ne vais pas le faire avec ma voix. Ma voix m’emmène à faire des chansons en français assez cool, c’est physique. Les collaborations m’ont permis de jouer avec des chanteurs africains ou dans des groupes de rocks. C’est une manière de pouvoir jouer d’autres musiques que le chanteur que je suis m’autorise. Sinon je m’emmerderais un peu …

Cet amour de concevoir la musique, est-ce une manière de te protéger du résultat ? Que ta finalité soit dans la construction et non dans le succès ou l’insuccès du morceau ?

L’insuccès du résultat tu t’en protèges pas vraiment, tu te le prends dans la gueule. Le premier temps d’écriture est très narcissique, on s’imagine être quelqu’un et on fait tout pour le devenir sur scène. C’est une sorte de reconstruction. Le second temps, celui du succès est plus complexe, chacun a sa définition du succès. Je connais des gens qui descendent d’un million de ventes à 600 000 et ce sentent les plus gros losers de la terre et d’autres qui passent de 10 000 à 15 000 et vont avoir l’impression d’être Kanye West. L’important c’est d’être dans quelque chose de positif, on est toujours la star de sa rue, de son école, de sa région …

J'ai toujours eu l'impression que mes vinyles sonnaient terriblement mieux entre 1h et 4h du matin. Demandez à mes voisins !

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Albin de la Simone : la détox musicale

Par Ambroise Carrière Temps de lecture : 4 min
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