Caen, ville hip-hop ?

À part si tu habites dans une caverne sans électricité depuis 1988 (ce qui est tout à fait respectable, mais si c’est le cas comment fais-tu pour lire cet article? #grillé), tu as forcément conscience que la culture hip-hop est devenue omniprésente. Fringues, clips, rappeurs-vedette, difficile de faire l’impasse sur ce qui reste le dernier grand bouleversement musical moderne. On s’est demandé si à une échelle plus modeste, le hip-hop était également devenu un genre qui pèse. Entretien avec une figure du hip-hop caennais, Stéphane Bruscolini dit Brusco.

 
Salut Brusco ! Peux-tu te présenter pour ceux et celles qui ne te connaissent pas ?

Je suis responsable des studios du Cargö depuis 10 ans maintenant. Je suis également ingénieur du son, formateur MAO, et régisseur général sur certaines soirées. Au quotidien mon travail consiste essentiellement à accompagner les pratiques musicales au sein de la structure. Cet accompagnement peut prendre la forme des conseils, de pré-production ou de coaching scénique par exemple. Je participe également aux différentes actions culturelles mises en place par la salle (concerts dans des lieux spécifiques comme les hôpitaux, les prisons, les écoles NDLR).


Tu as vu passer pas mal de musiciens hip-hop dans les studios du Cargö j’imagine, peux-tu nous parler de l’évolution que tu as observé depuis 10 ans ?
De plus en plus de gens se mettent au hip-hop, et c’est assez logique au final car c’est un mouvement qui n’a jamais cessé de grandir. La vraie nouveauté que j’observe par contre c’est le décloisonnement progressif entre le hip-hop et les autres styles musicaux. Les collaborations augmentent et de plus en plus de musiciens « traditionnels » viennent jouer sur des prod’ hip-hop, et c’est cool ! On sent que la démocratisation de l’informatique a révolutionné pas mal de choses aussi, tant au niveau de l’écoute que de la création. Je croise désormais des gamins qui composent à même pas 12 ans ! Néanmoins il y a tellement de créateurs que le tri devient de plus en plus compliqué, et le niveau n’augmente pas forcément au final… J’ai souvent le sentiment d’écouter des titres « kleenex », avec des instru cheap et des textes très peu travaillés. Bon ça j’ai l’impression que ça concerne un peu tous les styles… Le gros point positif c’est qu’on trouve désormais des ados avec une culture musicale impressionnante. Il reste des artistes très doués mais ils sont désormais de plus en plus noyés dans la masse, et c’est dommage.


Entre l’electro, le rock, la pop, quelle est la place du hip-hop dans le paysage musical caennais ?

Le hip-hop représente une part assez faible, mais les initiatives autour de ce style sont très actives. C’est dur d’être exhaustif mais on peut citer le festival La Castagne (organisée par Ramp’Art), les collectifs FreshCaenCamps, 1Treuk, les graffeurs Oré, Darkelixir, les rappeurs Alma Neko, Dao, Be A Kid, Shadow Killah, Ismaël Lesage, les asso’ comme La Dose

Est-ce que tu as ressenti un « effet Orelsan » après son explosion médiatique en 2009 ?
Orelsan a clairement débloqué des choses à Caen mais aussi en France en général. Il a réussi à amener vers le hip-hop des publics pas forcément intéressés par ce courant à la base. Son côté décalé a aussi aidé à rendre le style plus « acceptable », notamment auprès des parents, ce qui est essentiel vu que beaucoup de ceux qui écoutent du hip-hop ont entre 10 et 20 ans. Aujourd’hui des mecs comme Vald ne seraient clairement pas là sans Orelsan !

Le hip-hop s’invite de plus en plus dans les programmation, notamment celles des SMAC ; qu’en penses-tu ?
Le genre est de plus en plus visible certes, mais il reste sous-représenté à mon sens. Partout dans le monde le hip-hop truste les premières places des charts et son influence est énorme, à plein de niveaux. Les jeunes que je rencontre au quotidien n’écoute quasiment que ça !


Question bonus : tu es plutôt hip-hop old-school ou new-school ?
J’ai forcément une tendresse particulière pour les débuts du hip-hop puisque j’ai longtemps baigné dedans. Mais j’aime aussi le hip-hop plus récent, notamment les sonorités trap. En revanche je regrette un peu qu’au niveau des textes le côté militant se ressentent beaucoup moins qu’avant, alors que les problèmes, eux, sont toujours présents. Mais le hip-hop a toujours été le reflet de la société, et la superficialité est malheureusement l’une des grandes tendances de notre époque !

www.paulineleclercq.com

Commentaire

  • Josué Jean-Bart

    Vous êtes sérieux? J’adore Brusco, mais avant d’écrire sur une question, vous pourriez creuser, gratter. Faire un article sur le hip-hop caennais sans citer une seule fois Hip-hop syndrome, c’est comme aller aux Antilles sans mettre les pieds à la plage. Bizarre.

Caen, ville hip-hop ?

Par Pauline et Thomas Temps de lecture : 4 min
1