C’était comment la musique à Caen il y a 10 ans ?

Alors que Le Cargö fêtait sa première décennie en février dernier, on s’est demandé à quoi ressemblait la musique à Caen il y a 10 ans. Pour éclairer notre lanterne on a rencontré un musicien caennais bien connu. Il a débarqué ici en 1998 et se vante d’avoir eu plus de groupes que de conquêtes féminines. Il souhaite rester anonyme, nous l’appellerons donc Antoine L.


Salut ! Peux-tu nous parler de ton parcours musical ?

J’ai toujours tapé partout, c’est donc très logiquement que ma mère m’a poussé à 11 ans à jouer… du piano. J’avais horreur de ça et il aura fallu qu’un pote me mette derrière des fûts à 16 ans pour que je me révèle enfin. Dix jours après je faisais mon premier concert devant 1000 personnes, à Coutances. Je ne suis pas sûr d’avoir rejoué devant autant de personnes depuis… Aujourd’hui je joue « seulement » avec Mandale et Poney Crevé, mais à un moment j’avais six groupes et franchement, c’était physiquement et logistiquement hyper galère !

La décennie 2006-2016 a surtout été marquée par la pop et l’électro. Durant les années précédentes, peux-tu nous parler des genres qui dominaient ?

Incontestablement, à Caen, cette période était celle du métal. Les groupes et les concerts de « bourrins » étaient légion. Je prenais claque sur claque à cette période : The Apollo Program, Amanda Woodward, Creep AC, Döb, Doggystyle (avant Headcharger), Sexual Aid Kit
Le reggae aussi avait le vent en poupe. La pop était inexistante et le rock, quand il y en avait, se limitait à du Noir Désir de bas étage.

Photo des archives personnelles d’Antoine L.

Il y a dix ans, il fallait faire sans les lieux de diffusion qui paraissent désormais incontournables tels le Cargö ou le Portobello Rock Club. Quels étaient les lieux pour répéter ou pour jouer ?

Il existait déjà les locaux de répétition du Big Band Café. On y croisait beaucoup de gros groupes de l’époque et on était hyper impressionnés à chaque fois. Les lieux de diffusion étaient surtout des bars : l’effroyable (mais incontournable) Bar Laplace, L’Oxygène B, le Highland’s Bar… Ils accueillaient parfois deux à trois concerts par semaine ! À part le El Camino, tout ceci n’est plus ou ne propose plus de lives…

Est-ce que tu dirais que l’absence de SMAC ou de vrais studios d’enregistrement a eu un rôle dans le fait qu’un esprit se développe plus qu’un autre ?

C’est évident ! Quand tu as moins de moyens, tu ne peux compter que sur toi-même. C’était la débrouille, les tournées montées à l’arrache, les disques enregistrés sans subventions… Quand on a découvert MySpace, c’était la folie furieuse ! On s’est aussi dit à ce moment-là : « Ah merde, y’a plein d’autres groupes ! ». On réalisait que ce serait très dur de percer.


On observe à l’heure actuelle une scission affichée entre une scène caennaise se réclamant de la mentalité DIY et des formations davantage accompagnées par les structures institutionnelles. Que penses-tu de cette division ?

Je joue dans des groupes qui s’arrangent très bien de ces deux façons de voir la musique et les respectent. Le DIY, c’est la base et la noblesse de la musique. Les SMAC, c’est une forme de rigueur rassurante et la promesse de perspectives plus « pro »… Mais on peut très bien jouer dans un squat le vendredi et être sur la scène du Cargö le lendemain. C’est complémentaire, pas antinomique selon moi.

Qu’est-ce que tu regrettes par rapport à il y a 10 ans ?

Je regrette une forme d’insouciance générale. J’ai le sentiment que les groupes qui se formaient à l’époque le faisaient plus par passion qu’aujourd’hui, que c’était moins calculé et planifié. Certes, chaque musicien rêve dans un coin de sa tête de devenir une rock-star ou au moins de bouffer de sa musique, mais il y a 10 ans ça semblait plus honnête. Cependant les SMAC ont aussi fait émerger de purs talents, c’est indiscutable, mais dans des registres assez commerciaux.


Comment tu vois la musique à Caen dans 10 ans ?

Dans dix ans en réalité j’imagine le monde décimé mais si c’est pas le cas on assistera au grand retour de Jordy (caennais de souche) avec un album de reprise électro-futuriste de ses plus grands tubes ! Non sérieusement, j’espère juste qu’on ira toujours dans le sens d’une liberté reconnue et soutenue et que les lieux de diffusion seront au moins toujours debout, ce serait déjà très bien…

www.paulineleclercq.com

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Par Pauline et Thomas Temps de lecture : 4 min
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