Le groupe culte made in Normandie : Les Dogs

« Le rock français, c’est comme le vin anglais ». Une punchline signée John Lennon, qui, à la fin des années 70, ne connaissait visiblement rien au rock’n roll de chez nous.

OK, les bons groupes ne se bousculaient pas au portillon (non désolé, Téléphone ne compte pas), mais quelques-uns tenaient carrément la comparaison avec nos voisins britanniques ou américains. Parmi ceux-là, les Dogs en provenance de Rouen avaient autant de classe, de hargne et de talent que, au pif, The Clash ou les Buzzcocks. Si, si.

LES DOGS, C’EST QUI ?

En 1973, trois ados en vacances à Saint-Valery-en-Caux – sur la côte normande – se lient d’amitié autour de passions bien cools : les mobylettes, les filles et le rock garage. En référence au titre I Wanna Be Your Dog des Stooges, ils adopteront le nom de Dogs.

Ces ados, ce sont Dominique Laboubée (chant, guitare), François Camuzeaux (basse) et Michel Gross (batterie). Même pas dix-huit ans et ces trois-là composent déjà leurs premiers titres, entre garage et new-wave avec en prime des textes en anglais comme leurs modèles.

Rapidement, le groupe aligne les concerts et se taille une belle réputation dans les milieux underground grâce notamment au charisme de Dominique. Si par la suite, les membres du groupe ont régulièrement changé à l’exception du chanteur, jamais sa réputation n’a faibli.

LA DATE À RETENIR

1974. Cette année-là, les Dogs sont invités au Golf Drouot, le premier club rock de Paris. Tous les vendredis soirs, de jeunes groupes s’y produisent sagement dans un cadre strict (pas d’alcool, notamment). Pas très rock’n roll au final…

Bien décidé à foutre le bordel, Dominique et sa bande jouent comme si demain n’existait pas et vont même jusqu’à provoquer une bataille de bières sur scène. L’ingé son coupera la sono au milieu du concert. Dans le public, un certain Philippe Manœuvre restera marqué par cette « pénétration hurlante, brûlante et passionnée, qui fleure bon l’électricité. » (Rock’n folk n°95)

L’ALBUM FÉTICHE

Too Much Class For The Neighbourhood. En 1982, les Dogs publient leur troisième album sur le label Epic. Littéralement baptisé « Trop de classe pour le quartier », il met crânement à la rue toute la concurrence hexagonale d’alors en 38 minutes et quatorze titres.

Nerveux, gouailleur avec des refrains à reprendre en cœur en sautant dans tous les sens, Too Much Class For The Neighbourhood reste un concentré d’hymnes adolescents à écouter en boucle. L’album est encore cité régulièrement parmi les meilleurs disques du rock français.

POURQUOI C’EST CULTE

A l’exception d’un passage dans l’émission Chorus présentée par Antoine De Caunes, les Dogs ont toujours été boudés par les médias français. Ce qui explique que le groupe reste encore peu connu du grand public. Pourtant, l’influence des rouennais a été énorme sur de nombreux groupes français à commencer par Noir Désir. Et même en 2016, les fans évoquent encore avec passion leur attachement au groupe sur les forums ou dans les commentaires Youtube.

En 2002, Les Dogs se sont éteints suite au décès de leur leader Dominique Laboubée à l’âge de 45 ans après dix albums en studio et plusieurs centaines de concerts. La place de la rue Massacre, à Rouen, porte aujourd’hui son nom. Preuve de l’empreinte que les Dogs ont laissée sur la capitale Normande.

Site non-officiel dédié au groupe : http://www.dogs-rouen.com/

La sœur de Dominique Laboubée, Catherine Laboubée a écrit un livre, recueil d’histoires et de photos sur le groupe. Too Much Class… Les Dogs, l’histoire est disponible en librairie.

Grandir dans le quart nord-ouest français, c’est l’assurance de se prendre des litres d’eau sur la tronche à la défaveur d’une météo grincheuse et de passer beaucoup trop de temps dans les bars pour mener la vie recommandée par Michel Cymes. Qu’importe, ça rapproche aussi de Seattle, Portland ou Bristol, Sub Pop, Sarah ou K Records. Et à défaut d’un bronzage impeccable, c’est toujours un bon départ de pris pour s’en aller vous raconter de petites histoires avec beaucoup de passion dedans.

Commentaire

Le groupe culte made in Normandie : Les Dogs

Par Grégory Vieau Temps de lecture : 3 min
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