Le groupe culte made in Normandie : Les Olivensteins

Fier de ne rien faire, Je hais les fils de riche, Pétain Darlant c’était le bon temps… Avec ces titres joués entre 1978 et 80, les punk rouennais de Olivensteins ont foutu une sacrée raclée au bon goût et au politiquement correct. Leur musique tordue et leurs paroles à prendre au second ou au quinzième degré ont incarné comme rien d’autre l’esprit punk dans la France de Giscard. Vous êtes prêt ? On vous raconte l’histoire de ces Normands par qui la fin des seventies a pris l’odeur du souffre.

LES OLIVENSTEINS, C’EST QUI ?

Rouen, au milieu des années 70. Les frères Tandy – Éric et Gilles – se font régulièrement des virées au Havre pour observer les groupes anglais qu’ils admirent – Dr Feelgood en tête – débarquer en France par le ferry. Fascinés par le punk naissant, ils se mettent alors à réaliser des morceaux « pour rigoler », épaulés par leur pote Dominique Laboubée des Dogs (dont on vous a déjà parlé ici).

Finalement rejoints en 78 par Vincent Denis (guitare), Romain Denis (batterie) et Ludovic Groslier (basse), ils se baptisent Les Olivensteins, en référence au célèbre psychiatre Claude Olievienstein, spécialiste des toxicomanes. Une blague qui résume à elle seule l’humour noir et l’ironie des textes qu’Éric Tandy écrit pour son frère Gilles, devenu chanteur du groupe.

LA DATE A RETENIR

1978. C’est l’année où Les Olivensteins se forment, mais aussi celle de leur premier concert en public. Ça se passe en septembre au Club Saint-Pierre, une boîte de nuit minable dans la campagne de Rouen.

Le groupe débarque sur l’hymne pétainiste Maréchal, nous voilà, ce qui fait bien marrer leurs potes mais un peu moins les organisateurs. Résultat : le concert dégénère rapidement en baston. Même chose quelques jours après quand Les Olivensteins se produisent au Gibus à Paris. La salle est quasi déserte mais la dizaine de spectateurs présents suffit à déclencher une nouvelle rixe.

Finalement, la bande des frères Tandy est réinvitée un mois plus tard à Paris pour assurer la première partie des Dogs au club rock Le Rose Bonbon. Cette fois-ci, pas de baston. Grâce à leur son jusqu’ici inédit en France, les Olivensteins se mettent le public et les journalistes dans la poche. La légende est en marche.

LE DISQUE FÉTICHE

C’est simple, Les Olivensteins n’ont sorti qu’un 45 tours en deux années d’activité. Mais attention, quel disque ! Enregistré et mixé en une seule journée du côté de Nogent-Sur-Marne en banlieue parisienne, il contient l’hymne punk glandeur Fier de ne rien faire mais aussi les titres Négatif et Euthanasie. Ses 2000 exemplaires s’écoulent si vite à leur sortie qu’aujourd’hui le disque fait l’objet d’un culte chez certains collectionneurs.

Par la suite, la maison de disque Barclay tentera de faire signer le groupe dans ses rangs pour l’enregistrement d’un album. Mais à une condition : qu’il change son nom en raison des pressions d’Olievenstein, le psy des toxicos. Le groupe refuse. Aucun contrat n’est signé.

POURQUOI C’EST CULTE ?

Non content d’avoir fait capoter le deal entre les Olivensteins et Barclay, le Docteur Olievenstein poursuit son entreprise de nuisance au groupe. Il s’arrange notamment pour annuler certains de leurs concerts, bien aidé par son réseau d’influence. Dans le même temps, Gilles, Éric et les autres commencent à peu apprécier la présence des renseignements généraux pendant leurs prestations – ou celle de skinheads incapables de piger le sarcasme derrière les multiples références du groupe au régime de Vichy.

Fatigués par autant de problèmes – eux qui voulaient juste se marrer – Les Olivensteins mettent un terme à leur histoire. En janvier 1980, ils se produisent une dernière fois à la salle Sainte Croix de Rouen devant plus de mille spectateurs.

Depuis la légende du groupe n’a cessé de gagner en considération. Il figure aux côtés de Métal Urbain et de Bérurier Noir parmi les plus importants groupes de punks français. A tel point qu’en 2011, le label Born Bad (La Femme, Frustration, JC Satan…) publie la première compilation consacrée aux Olivensteins avec des morceaux enregistrés en studios, des lives et des démos. Deux ans plus tard, le groupe toujours emmené par Gilles Tandy se reforme et donne une poignée de concerts en France.

L’album compilation Les Olivensteins est disponible sur le site de Born Bad Records en CD ou vinyle

Grandir dans le quart nord-ouest français, c’est l’assurance de se prendre des litres d’eau sur la tronche à la défaveur d’une météo grincheuse et de passer beaucoup trop de temps dans les bars pour mener la vie recommandée par Michel Cymes. Qu’importe, ça rapproche aussi de Seattle, Portland ou Bristol, Sub Pop, Sarah ou K Records. Et à défaut d’un bronzage impeccable, c’est toujours un bon départ de pris pour s’en aller vous raconter de petites histoires avec beaucoup de passion dedans.

Commentaire

Le groupe culte made in Normandie : Les Olivenstei…

Par Grégory Vieau Temps de lecture : 4 min
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