Job de l’ombre #3 : disquaire indépendant

Ouvert depuis 1994 à Caen, Sonic Records fait un peu figure de résistant. Imaginez qu’au début des années 2000 on pouvait trouver près de 10 disquaires indépendants à Caen ; ils ne sont désormais plus que 3 en (Basse) Normandie. Internet, modes, intempéries, les choses évoluent. On a fait le bilan (calmement) avec Alain, le boss du magasin depuis son ouverture.


Bonjour Alain ! Déjà, qu’est-ce qui vous a donné envie d’être disquaire ?

Je suis un passionné de musique, depuis toujours. J’ai commencé par écouter du rock progressif, du hard-rock, puis quand le punk est arrivé je n’ai plus voulu entendre parler d’autre chose ! À l’époque j’ai même refilé mes anciens vinyles (Rires) ! À partir de ce moment j’ai véritablement accroché à pas mal des genres qui ont suivi : new wave, post-punk…

Comment a évolué votre magasin au fil des années ?

Au tout début je participais surtout à des salons de collectionneurs de disques. Je partais sur les routes en Angleterre, en Allemagne, pour trouver du stock et dénicher des raretés. Le souci c’est que cette vie peut vite être épuisante, et du coup, étant souvent en déplacement et seul gérant, la boutique était davantage fermée. Dorénavant je me déplace beaucoup moins, je privilégie mes clients de la région.

Faites-vous de la musique vous-même ?

Oui j’ai joué dans des groupes du coin, dont Innocents, un groupe influencé par les Olivensteins, et qui a enregistré quelques titres au début des années 80. On était plutôt dans la mouvance post-punk. À l’époque il y avait d’ailleurs une scène rock très dynamique en Normandie… En parallèle je fais aussi de la radio depuis la création des radio libres en 1981. Actuellement je m’occupe d’une partie de la programmation de Radio 666 à Caen.

Alain (à gauche) avec son groupe Innocents

Depuis quelques années le vinyle fait son grand retour et vous en avez toujours proposé un très vaste choix ; est-ce que cet effet de mode a changé la donne chez vous ?

C’est clair que les plus jeunes reviennent à ce format. Mais il ne faut pas se méprendre non plus, bien que les ventes aient remonté significativement, les chiffres se remettent à baisser chez les disquaires indé car les grosses enseignes s’y sont mises aussi, et on ne peut pas forcément rivaliser avec leurs prix au ras des pâquerettes… Néanmoins en entrant dans mon magasin les gens savent qu’ils auront une qualité de conseils bien différente de celle d’un vendeur à la FNAC par exemple….


Vous distribuez également énormément de disques locaux !

J’ai pour habitude de ne rien refuser donc du coup j’ai un fonds pas mal fourni, oui ! Néanmoins, à part pour les vinyles, la demande est bien inférieure à l’offre. Et puis bien souvent au bout de quelques temps les groupes oublient qu’ils ont déposé des disques chez moi, du coup forcément tout ça
s’entasse…


Votre meilleur souvenir dans le cadre de votre métier ?

Il y en a énormément, je pense que je pourrais écrire un bouquin rien qu’avec les anecdotes que j’ai vécues… Un souvenir marquant restera ma rencontre avec les Buzzcocks au Rock Dans Tous Ses États à Évreux en 1993. C’est vraiment un de mes groupes favoris, et ce soir-là on a enchaîné verre sur verre, ils m’ont même trouvé un surnom… Bon je ne te cache pas que je ne m’en souviens plus (Rires).

Classe ! Et le pire ?

Les inondations à Caen il y a 3-4 ans ont été une sacrée galère. Avec 25 cm d’eau dans le local, j’ai perdu pas mal de stocks… Pour rajouter aux problèmes c’est arrivé quelques jours avant la Route du Rock (Alain y a tenu un stand durant plus de 17 ans – c’était même historiquement le tout premier disquaire à s’y déplacer NDLR). Sinon au rayon des choses pénibles il y a les gens qui essaient de te voler des trucs, ou le fait de devoir souvent répéter la même chose, mais bon je suis dans le commerce, c’est le jeu !

Rendez une visite à Alain à cette adresse (mais essuyez-vous les pieds en entrant, merci)
Sonic Records
43 Rue de Bras, 14000 Caen
Site Web
Facebook

www.paulineleclercq.com

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Job de l’ombre #3 : disquaire indépendant

Par Pauline et Thomas Temps de lecture : 4 min
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