Job de l’ombre #4 : luthier

C’est une petite boutique qui ne paye pas de mine mais qui a forcément accroché ton regard un jour ou l’autre. Si ce n’est pas toi, au moins tes parents, et pour cause : cet atelier rue Demolombe a ouvert ses portes en juin 1984 ! L’endroit a vu passer depuis moult stagiaires, apprentis et musiciens, et il emploie toujours 4 personnes. Pas mal pour un secteur qu’on dit en crise depuis une bonne décennie. Le directeur, Jean-Yves Tanguy, a bien voulu nous en dire un peu plus sur son métier. Ambiance vernis, pinceaux et musique douce ; ici on chuchote et on touche avec les yeux !


Bonjour ! En quoi consiste votre activité au quotidien ?

Alors ici on s’occupe majoritairement de la vie des instruments du quatuor classique, c’est-à-dire violons, alto et violoncelle ! Nous avons près de 450 instruments en location et nos clients sont majoritairement les écoles de musique, les étudiants et les professionnels. Nous avons une grosse activité de réparation et de restauration d’instruments anciens, qui s’inscrit dans une vraie remise en valeur de l’héritage du passé !


Êtes-vous musicien vous-même ?

Un luthier est forcément musicien, même s’il n’a pas besoin d’être un virtuose ! Mais notre propos concerne avant tout le son. Nous sommes au service des sonorités, de leur nuances, donc la plupart des dialogues que nous avons avec les musiciens tournent autour de ça : comment trouver le bon réglage, le bon équilibre sonore, comment adapter l’instrument au jeu particulier d’un artiste. Le problème du son c’est que pour le définir on ne dispose pas d’un champ lexical spécifique. On emploie le vocabulaire des sens (un son brillant, doux), de la peinture (clair, lumineux) voire de la géométrie ! Le gros du travail est donc avant tout de comprendre ce que le musicien veut réellement, ce qu’il a en tête en entrant dans la boutique… Diagnostiquer en quelque sorte !


On imagine vos instruments, souvent anciens, assez fragiles. Quelles sont les conditions nécessaires à leur stockage chez vous ?

Il y a trois facteurs déterminants : l’hygrométrie, l’hygrométrie, et l’hygrométrie (rires) ! Le problème n’est donc pas forcément la température mais l’humidité dans l’air. Grosso modo plus il fait froid, plus l’air est sec, et plus les instruments souffrent (l’arrivée de la neige est donc plutôt mal vécue par les luthiers N.D.L.R.). Heureusement nous travaillons majoritairement sur des violons, qui sont des instruments prévus – dans leur construction même – pour encaisser ces variations (largeur de bord, vernis spécifiques…). C’est d’ailleurs grâce à cela que beaucoup de violons passent les siècles sans trop d’encombres, ce qui n’est pas le cas de la plupart des autres instruments…


À quel public se destine majoritairement votre activité ?

Nos clients dépassent le secteur de la musique classique étant donné qu’on trouve violons et contrebasses (souvent amplifiés) dans le jazz, les musiques traditionnelles (Irlande, Pays de l’Est), le rock, voire même dans les musiques normandes ! Après, clairement, nos prestations s’adressent surtout à des musiciens professionnels, nationaux ou internationaux. Comme la plupart des luthiers nos produits sont donc plutôt haut voir très haut de gamme. Nous sommes de plus spécialisés dans la reconstitution d’archets historiques (au moment de notre interview Jean-Yves travaille d’ailleurs sur un archet à 35000€ ! N.D.L.R.). C’est un secteur de niche mais réellement passionnant, et qui nous donne la chance de voir défiler à Caen la plupart des grands musiciens mondiaux !


Atelier Jean-Yves Tanguy
15 rue demolombe 
14000 Caen

www.paulineleclercq.com

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Job de l’ombre #4 : luthier

Par Pauline et Thomas Temps de lecture : 3 min
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