Side projects : une infidélité nécessaire

On entend parfois les mauvaises langues dire qu’à Caen « il y a trente groupes pour dix musiciens ». C’est vrai que certains se plaisent à multiplier les projets, parfois très différents, parfois moins, mais chacun d’entre eux semble artistiquement essentiel. Zoom sur quatre groupes et deux garçons : Nicolas et Arthur.

Elecampane

Le groupe Elecampane, avec au centre, Nicolas également leader de Concrete Knives.

« J’ai déjà entendu cette voix quelque part… » Voilà le genre de réflexion que l’on peut se faire lorsqu’on est face à un side project. C’est à dire, un projet musical formé par un musicien déjà actif dans un autre groupe. À la manière de Damon Albarn, icône pop aux projets multiples : Blur, Gorillaz, The God, the bad and the queen, auquel s’ajoute, entre autre, une carrière solo.

Rien de bien nouveau dans le principe même de ces groupes parallèles, dans lesquels, sans se séparer, les musiciens vont jouer et s’amuser ailleurs, comme une infidélité organisée, tolérée et souvent nécessaire.

« Elecampane, j’en avais besoin », confie Nicolas, le leader de Concrete Knives. Un besoin de respirer, à l’issue d’une tournée de trois ans qui a été aussi géniale qu’éprouvante.

Dans Elecampane, comme dans Concrete Knives, Augustin est à la basse et Guillaume à la batterie. « On pourrait presque dire que l’un est né sur les cendres de l’autre, puisqu’il n’y a personne de nouveau… » Mais ça n’est pas le cas, puisque les deux existent toujours. « Je dirais plutôt, que c’est notre manière de se rassurer, de se retrouver, pour faire les choses plus tranquillement. »

Ah ce besoin de tranquillité ! Car si le succès a du bon, il est parfois agréable de se lancer dans des projets sans trop d’ambition, pour se souvenir que la musique reste avant tout un plaisir. Ces side projects sont aussi un moyen de relâcher la pression. L’attente même du public est moins importante. Notamment lorsque le groupe traverse une période de transition entre deux albums.

« Des musiciens bien dans leurs baskets »

« Avec Concrete Knives, on sait que le public nous attend au tournant », assure Nicolas. Lorsqu’il monte sur scène avec Elecampane, il fait ça avant tout pour lui, pour ses amis, pour retrouver le plaisir de jouer.

« Chaque musicien de Concrete Knives a une forte personnalité et ils ont tous leurs envies », explique Romain Pellicioli, leur manager. Et si les projets parallèles, comme Elecampane ou Samba de la Muerte, peuvent parfois être difficiles à gérer, « ça reste vraiment cool. Selon moi, un groupe qui a des side projects est composé de musiciens bien dans leurs baskets ! »

Alors pour le manager, pas question de brider les artistes dans leur créativité. Car travailler en groupe, c’est aussi savoir faire preuve de concessions, notamment lorsqu’il y a cet enjeu du deuxième disque. Créer d’autres projets devient alors un moyen de s’éloigner de ces concessions, de mettre ces réflexions de côté, pour retrouver dans la musique, un côté plus spontané. C’est en quelque sorte, une façon de vivre pleinement sa vie d’artiste.

Et quand on progresse dans un groupe, cela a nécessairement des répercussions sur l’autre, on peut donc dire que tout le monde est gagnant !

« L’important reste que les musiciens soient en capacité de tout gérer », assure Romain. Et là, il faut savoir composer avec l’ensemble : « Tu peux toujours multiplier les projets, assure Arthur, batteur de Granville et de Gandi Lake. Il faut s’organiser un peu. »

Gandi Lake

Gandi Lake avec, à droite, le batteur Arthur, également musicien dans Granville.

Gandi Lake est né en 2013, à l’issue de la tournée de Granville : « J’avais besoin de créer quelque chose avec d’autres gens, d’autres amis », confie le jeune homme. Et plus qu’un besoin, on peut parler d’une nécessité : « Il fallait que je me prouve à moi même que j’étais capable de faire autre chose. » Alors, il s’est discrètement éloigné des projecteurs de Granville pour se faire un peu oublier en tant que groupe et vivre sa vie de musicien. Aujourd’hui, même si le spectre Granville n’est jamais loin, il sait en tirer profit : « Avec Gandi Lake, on a redémarré une aventure. Ce nouvel entourage est important pour voir les choses différemment. Relativiser le succès aussi, ça permet de garder les pieds sur terre. »

Garder les pieds sur terre certes, mais parfois, ces projets initialement « tranquilles », ou « sans ambition », ont plus de succès qu’attendu. Cela appellera-t-il alors de nouveaux side projects ? À écouter ce que l’on nous propose pour le moment, c’est à espérer.

J'ai toujours eu l'impression que mes vinyles sonnaient terriblement mieux entre 1h et 4h du matin. Demandez à mes voisins !

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Side projects : une infidélité nécessaire

Par Ambroise Carrière Temps de lecture : 4 min
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