Tourner en DIY avec Marc Euvrie

Le monde de la musique se divise en deux catégories : ceux qui rêvent de devenir des rock-stars et ne font que passer, et ceux qui se prennent en main et voient un peu plus loin. Marc fait partie de ces derniers. Depuis plus d’une décennie, comme n’importe quel artiste à succès, il sort des albums, fait des tournées internationales et découvre le monde. Sauf que Marc n’a jamais attendu qu’on fasse le boulot pour lui. Bienvenue dans le monde du DIY.


Salut Marc ! Quels étaient tes modèles quand tu as commencé la musique en DIY ?

Des choses comme Amanda Woodward, At The Drive-In, Isis, Neurosis, et pas mal de structures : Paranoïd Records, Level Plane Records… Tous ces groupes/labels qui ont montré que finalement, motivé et passionné, tu pouvais tout faire toi-même et tourner dans le monde entier !

Justement, tu pars plusieurs fois par an en tournée, notamment à l’étranger. Comment organises-tu tout ça ?
Je trouve 95% de mes dates seul. Mon label (Denovali) me dégote aussi parfois quelques plans. J’ai construit mon réseau grâce à mes autres groupes, notamment Sugartown Cabaret. Du coup, avec mon projet solo (The Eye Of Time) j’ai gardé l’habitude de me débrouiller de façon autonome. Depuis 12 ans, je garde tous mes contacts, ce qui fait que j’ai une base de données assez conséquente !

Photo des archives personnelles de Marc

Dans The Eye of Time tu es seul sur scène. Pas trop dur de tourner en solo ?
Déjà, je ne pars jamais seul, puisque j’ai un ami (à la video en live NDLR) qui fait partie intégrante du projet depuis 2 ans. Et puis on arrive toujours à recruter 1 ou 2 potes pour assurer le merchandising, se relayer au volant ou juste trimballer le matos… Par contre oui, je suis seul sur scène, donc les responsabilités sont plus grandes que dans certains groupes où c’était clairement plus détendu.


C’est quoi les conditions-type d’une date DIY à l’étranger ?

C’est simple : à boire, à manger (végét’/vegan pour moi), un endroit où dormir (en général chez l’habitant) et un défraiement pris sur les entrées. Les conditions sont plus sympa depuis quelques années, je dors plus souvent dans des hôtels, donc je rentre beaucoup moins sur les rotules de tournée !

Photo des archives personnelles de Marc

As-tu une anecdote à nous raconter sur un de ces concerts ?
J’en ai des tonnes ! Mais il y en a une bien barge que j’affectionne particulièrement. On est en 2008, Sugartown Cabaret joue à Thessalonique en Grèce, dans un squat, avec un groupe de punk culte du pays, reformé pour l’occasion. Donc évidemment la salle déborde littéralement, et les mecs jouent sur notre matos, pendant que le public leur jette des canettes (déstabilisant, mais apparemment une tradition là-bas ! ). On avait à la fois peur pour notre matériel, mais aussi pour notre van de location qui coûtait une blinde (genre un 9 places avec couchettes, PS2, etc.). C’est à ce moment que j’ai aperçu des flammes qui sortait du camion. Dans ma tête c’était fini : plus de tournée, endetté, le scénario catastrophe quoi ! En fait le concert s’était transformé en émeute, et une barricade en flammes avait été érigée juste à côté de notre véhicule… Du coup je me suis retrouvé à manœuvrer la bête entre les jets de pierre des émeutiers et les CRS qui chargent… Je ne faisais pas le fier. Le lendemain on traversait la frontière turque, et l’émeute passait dans le JT grec…

Qu’est-ce que tu apprécies le plus dans le fait de tourner à l’étranger ?
Avant tout la déconnexion totale avec le quotidien. En tournée tu n’as qu’une préoccupation : arriver à bon port et faire un bon concert. Et puis ce que j’aime surtout c’est le contact avec les gens. Quand tu passes une semaine dans un pays et que tu dors tous les soirs chez ses habitants, il se passe beaucoup de choses, d’échanges. J’ai vraiment beaucoup appris sur le monde en tournant… A contrario, selon les pays, voyager dans ces conditions n’est pas toujours de tout repos, en Angleterre par exemple. Le meilleur accueil en Europe reste l’Allemagne, même si son public n’est pas le plus expressif.. contrairement aux pays de l’Est ou aux pays baltes ! Israël était assez incroyable aussi, malgré la violence politique et religieuse…


Es-tu néanmoins amené à jouer dans des lieux plus conventionnels ? (Marc sera d’ailleurs en concert le 10 juin prochain au Cargö NDLR)

Oui, avec The Eye Of Time, de plus en plus souvent. L’avantage à l’étranger c’est que même les salles conventionnelles sont toutes très différentes, contrairement aux lieux français, qui se ressemblent beaucoup. Une SMAC c’est clairement plus confortable, mais on se frotte moins à la vie. Bon, après 12 ans de route, 500 concerts et des dizaines de tournées dans tous les lieux imaginables, j’avoue que ça fait parfois du bien…

Photo des archives personnelles de Marc

Quels sont les conseils que tu donnerais à un groupe qui souhaite tourner à l’étranger en DIY ?

Ne pas hésiter à demander de l’aide, réseauter, envoyer des mails par centaines, être patient et méthodique ! De nos jours avec Internet et beaucoup de bonne volonté, tout est possible. Ne jamais oublier aussi qu’on tourne avant tout pour vivre une expérience humaine, pas juste musicale ! Tourner est une aventure incroyable, même si ce sont des instants qui peuvent être terriblement durs et magnifiques à la fois.

Vous pouvez écouter The Eye Of Time, le projet solo de Marc ici : https://theeyeoftime.bandcamp.com/

www.paulineleclercq.com

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Tourner en DIY avec Marc Euvrie

Par Pauline et Thomas Temps de lecture : 5 min
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